domingo, 28 de enero de 2018

Do ribeiro ao esgoto / Du ruisseau à l'égout


On connaît le sort que le langage vulgaire, si prisé de la valetaille médiatique et complaisamment répercuté par elle, a réservé au surréalisme : il aurait été fondé par un pape, nommé André Breton et il désignerait un gag littéraire et artistique puisant ses effets dans l’insolite et les aberrations, incitant à la provocation gratuite et au geste absurde. Ces sottises ont été si souvent rabâchées que les dénoncer toutes à chaque fois qu’elles sont émises représenterait un véritable travail de Sisyphe ; ce qui fait que, la plupart du temps elles ne suscitent plus chez nous qu’un haussement d’épaules fatigué. Mais aujourd’hui le surréalisme risque de se voir attribuer une acception nouvelle : celle de pure et simple escroquerie. Et là, nous nous permettons de nous fâcher.
Depuis quelques années, en effet, un certain Santiago Ribeiro, né à Coimbra en 1964, expose son inoffensive barbouille un peu partout dans le monde. Comme ses tableaux exhibent un vague univers fantastique, il a cru bon de se proclamer peintre surréaliste. Démarche partagée du reste par un certain nombre d’autres rapins qui n’ont toujours pas compris que, dans la mesure où le surréalisme n’est pas une école artistique ni littéraire, mais une attitude de l’esprit, il ne saurait y avoir de peinture surréaliste, et seulement un usage surréaliste de la peinture. Mais passons. Ce qui est infiniment plus grave, c’est que le sieur Ribeiro fait du surréalisme une marque de fabrique, labellisée sous l’étiquette Surrealism now qui, de juillet à décembre 2017, s’étalait, comble de l’ignominie, en bandeau publicitaire sur les écrans géants de Times Square à New York. Car tel est bien là l’inacceptable. Même Dali, dont les excentricités n’ont pas peu contribué à l’assimilation vulgaire du surréalisme à la bizarrerie loufoque, mais qui ne manquait pas de génie, n’était pas allé aussi loin dans le détournement du sens. Son alter ego, Avida Dollars, au moins, travaillait pour lui seul et ne prétendait pas organiser un mouvement planétaire entraînant plus d’une centaine de participants. D’autant que le promoteur de ce mouvement renie explicitement tous les fondements éthiques et critiques du surréalisme : il se réclame ouvertement de la religion (« Mon art à moi baigne dans la vieille atmosphère de la crucifixion »), il n’hésite pas à faire appel à des peintres d’église, à des militaristes déclarés, et enfin il ne cache en rien qu’il agit en opposition au fondateur même du mouvement dont il se réclame bruyamment (« Un surréalisme basé sur les principes de Breton ne présente pour moi aucun intérêt dans les circonstances actuelles »). Alors que c’est André Breton qui, avec le Manifeste de 1924 et les textes automatiques comme Les Champs magnétiques et Poisson soluble, a donné tout son contenu au terme surréalisme, c’est faire preuve d’une singulière outrecuidance que prétendre en redéfinir aujourd’hui d’une façon si grotesque et perfide les fondements et les objectifs. Le prétendu Surrealism now n’est ni surréaliste ni actuel, c’est une authentique escroquerie intellectuelle comme il s’en est monté à toutes les époques.

Paris, le 25 janvier 2018

Pour le Groupe surréaliste :
Élise Aru, Michèle Bachelet, Anny Bonnin, Massimo Borghese, Claude-Lucien Cauët, Hervé Delabarre, Alfredo Fernandes, Joël Gayraud, Guy Girard, Michael Löwy, Pierre-André Sauvageot, Bertrand Schmitt, Sylvain Tanquerel, Virginia Tentindo, Michel Zimbacca.